Ce photoblog présente quotidiennement

un premier choix non définitif d'images pour les séries en cours.

Il vient en complément du site www.yannickvallet.com qui, lui,

présente un panorama complet de mon travail.


Affichage des articles dont le libellé est Blauwer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Blauwer. Afficher tous les articles

23 janvier 2014

Au cœur de l'hiver

• Coup de cœur pour 4 expos et 1 livre.

Le froid, le gris, la pluie.
Regarder, éditer, retravailler, monter des dossiers, chercher des financements et puis proposer, encore et toujours.
Autant de raisons (bonnes ou mauvaises) pour ne pas sortir !
Pour ne pas écrire.
Trop peu de temps ...
Mais se faire violence et puis transmettre … les images qu'on aime.

Photo © David Lynch

Voici donc, au cœur de l'hiver, un petit tour express de ce qui m'a touché ces derniers temps.

Tout d'abord, la nouvelle exposition collective de la toujours très active La(b) Galerie Artyfact.

Photo © Cécilia Jauniau

Autour du thème "FEMME(S)", 15 artistes très divers s'expriment sur les murs de ce lieu toujours aussi chaleureux.
Avec tout d'abord, les beaux formats carrés en noir et blanc de France Dubois, pour une série toute en retenue et en fragilité, intitulée "Dissociated".

Photo © France Dubois

Un peu plus loin, les très sombres et très curieuses images d'Edouard de Pazzi vues à travers le trou de la serrure … à scruter, intensément !

Photo © Edouard de Pazzi

À deux pas de là, ce sont les jambes du très beau livre de Karine Maussière "Cours Lola cours", avec un magnifique tirage tout en douceur.

Photo © Karine Maussière

Et puis, dans un courant de style appropriationniste, des images qui ont ce je-ne-sais-quoi de charme suranné … les noir et blanc de Nieves Mingueza.

Photo © Nieves Mingueza

A voir également, les lépidoptères de Sofia Santa Clara, les étonnants portraits de Patrick Rimond ou ceux de Julien Dumas, les beaux corps de Cécilia Jauniau, la vidéo de Christophe Dentin et les images de Tamina Beausoleil, Katrien de Blauwer, Aglaë Bory, Jacques Bosser, Chris Morin. Sans oublier l'installation coquinement rouge de Anna Golicz-Cottet !

Photo © Katrien de Blauwer

Une intéressante expo à l'image des femmes, toute en beauté … et toute en douceur.

***

Dans un style totalement différent, ce sont les deux expositions phares de la Maison Européenne de la Photographie : "Small Stories" de David Lynch et "Camouflages" de Joan Fontcuberta.

Photo © David Lynch

Tout le monde connaît David Lynch le réalisateur mais peu savent qu'il est également photographe (et musicien, et peintre, et ébéniste, et sculpteur …) et qu'il a déjà publié pas moins de 7 livres de photo (dont je vous ai déjà parlé ICI).

Photo © David Lynch

Cette fois-ci, pour ses "Small Stories" l'artiste a eu carte blanche. Et comme toujours avec lui, inutile d'essayer de comprendre absolument ce qu'il a voulu dire. Car ici point de message, juste un univers. Un univers et de petites histoires (assez barrées, certes !) qui, finalement, n'appartiennent qu'à celui qui les regarde. C'est-à-dire vous !

Photo © David Lynch

David Lynch le dit d'ailleurs à sa façon dans le texte d'introduction à l'expo : « Les images fixes peuvent raconter des histoires. La plupart du temps, les images fixes racontent de petites histoires. Et il arrive parfois que les histoires intéressantes soient de petites histoires. Les petites histoires se déroulent sur une période très courte. Cependant, la pensée et les émotions peuvent être impliquées quand on regarde une image fixe, et les petites histoires peuvent se développer jusqu’à devenir de grandes histoires. Tout ça dépend, bien sûr du spectateur. Il est quasiment impossible de ne pas voir une sorte d’histoire émerger d’une image fixe. Et ça, je trouve que c’est un phénomène magnifique. »

Photo © David Lynch

Autre expo à la MEP (et tout aussi barrée, d'ailleurs. Mais dans un autre style !), "Camouflages" de Joan Fontcuberta.

La Sirène de Tanaron, 2006 - Photo © Joan Fontcuberta

Se basant sur la manipulation des images, l'artiste a su recréer des univers joyeusement inventifs dans lesquels se retrouvent aussi bien le mythe des sirènes, des animaux fictifs ou de nouvelles espèces végétales, que des légendes historiques inventées de toutes pièces (comme cet officier russe disparu mystérieusement alors qu'il pilotait son vaisseau spatial !).

Cercophitecus Icarocornu, 1985 - Photo © Joan Fontcuberta

A base de photographies trafiquées mais également d'animaux empaillés, de dessins techniques, de schéma scientifiques ou de journaux "d'époque", Joan Fontcuberta nous entraîne dans des mondes parallèles, tout droit sortis de son imaginaire.

Istochnikov saluant les techniciens de MIK, 1997
Photo © Joan Fontcuberta

Il y a ici tellement à regarder et à lire qu'il vous faudra pas loin de deux heures pour vous délecter de ces légendes au drôle de goût d'irréalité !

***

Et enfin, quatrième et dernière exposition à voir absolument, "Tiksi" de Evguenia Arbugaeva à la In Camera Galerie.

Tiksi - Photo © Evguenia Arbugaeva

Cette jeune photographe russe a fait ici un très beau travail sur la mémoire de l'enfance. Vivant depuis quelques années en dehors de sa Yakoutie natale, elle a souhaité en revenant dans son village, retrouver ses rêves et ses mystères de petite fille.

Tiksi - Photo © Evguenia Arbugaeva

Pour cette série, Evguenia Arbugaeva s'est inspirée des ouvrages qu'elle avait eus sous les yeux lorsqu'elle était enfant : « Ces livres sont beaux et ont une signification profonde. lls sont habilement mis en pages, les caractères sont clairs et lumineux. Leurs images transmettent un sentiment d’émerveillement et d’idéalisme naïf qui m’ont toujours captivée. »

Tiksi - Photo © Evguenia Arbugaeva

Le travail d'Evguenia Arbugaeva, merveilleux dans tous les sens du terme, diffère avec bonheur, d'une certaine tristesse qu'on peut voir depuis un certain temps en provenance de la Russie et des pays de l'Est. Ses images un peu fragiles me font penser aux sublimes ambiances d'un autre russe, illustrateur celui-là, Ivan Bilibine …

Tiksi - Photo © Evguenia Arbugaeva

***

Et pour finir, voici mon très gros coup de cœur du moment, le livre du belge Olivier Cornil1 "Homeland/Vladivostok", paru il y a peu suite à l'exposition qui eut lieu à Bruxelles en 2013 à l'Espace Contretype.

HOMELAND/VLADIVOSTOK de Olivier Cornil (2013)
(Editeur : Yellow Now)

L'originalité du livre d'Olivier Cornil réside dans trois principes simples: ne légender aucune photo, insérer au centre de l'ouvrage de petits textes aux allures de journal intime, mêler intimement images de chez lui (Homeland) et images de l'étranger (Vladivostok).

Photo © Olivier Cornil

Le résultat, un étonnant voyage aux côtés du photographe. Entre Belgique et reste du monde. Dans une belle cohérence visuelle et émotionnelle.

Photo © Olivier Cornil

Rares sont les livres qui vous parlent et résonnent en vous à ce point. Pour moi, il est une sorte d'aboutissement de ce que peut-être un corpus d'images de vie et de pensées intimes. Une œuvre à part entière, empreinte de poésie mélancolique, de spleen baudelairien, de joies intenses et de solitude revendiquée :
« J'aime les arbres. Je les regarderais des heures. Je pense en avoir photographié des dizaines si ce n'est des centaines. Leurs courbes, élancements, stigmates et courbures. Ils me dépassent, ils me survivent, ils étaient déjà là. Ils sont un refuge où que ce soit. »

Photo © Olivier Cornil

Ce livre est tout simplement beau. Beau et sensible.
Certainement le plus beau de tous ceux que j'ai pu voir depuis de très nombreux mois.
Il est de ceux que l'on feuillette régulièrement. Comme pour mieux se retrouver.
Il est de ceux qui vous accompagnent longtemps.
Encore et toujours …

Photo © Olivier Cornil

« J'ai voulu aller me balader seul. Chercher des images.
Lors de mes vacances, en famille ou entre amis, je prends toujours un moment pour m'isoler. En voiture ou à pied, avec mon Mamiya. Un besoin. De ces moments de solitude ressortent des images solitaires. Très peu de présence, presque aucun portrait. Je cultive cette recherche de l'absence. D'une forme de mélancolie, voire de désolation. Cela n'a rien à voir avec mon caractère. Ni avec mon état d'esprit, même si je dois comme chacun contenir des ombres. Que je sois heureux ou triste n'y change rien. »
Olivier Cornil "Homeland/Vladivostok"



Girls in Hawaii - Girls in the Wood
Vidéo de Olivier Cornil (2012)



FEMME(S)
La(b) Galerie Artyfact - 9, rue Forest - Paris 18
Du 9 janvier au 15 février 2014
Métro : Place de Clichy
Du mercredi au samedi de 12h à 19h

SMALL STORIES & CAMOUFLAGES
Maison Européenne de la Photographie - 5/7, rue de Fourcy - Paris 04
Du 15 janvier au 16 mars 2014
Métro : Saint-Paul
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45
(gratuit le mercredi à partir de 17h00)

TIKSI - EVGUENIA ARBUGAEVA
In Camera Galerie - 21, rue Las Cases - Paris 07
Du 12 décembre 2013 au 8 février 2014
Métro : Solférino
Du mardi au samedi de 14h à 19h00


1. Je vous ai déjà parlé d'Olivier Cornil ICI.

22 mai 2013

Intimité(s)

Dépêchez-vous, il ne vous reste plus que quelques jours pour vous rendre à la toute nouvelle La(b) Galerie Artyfact de Paris, à deux pas de la Place de Clichy. Vous y découvrirez "Intimité(s)" une très intéressante et particulièrement novatrice exposition, regroupant treize artistes, photographes, vidéastes et plasticiens : Gaëlle Abravanel, Katrien de Blauwer, Eric Bouttier, Carine Burkel, Cath.An., Gaële Caye, Laurent Deglicourt, Christophe Dentin, Sabrina Lesert, Catherine Merdy, Newfactory Paris, Rémy Weité et Estelle Zolotoff.

Photo © Eric Bouttier

Dès la vitrine de la rue Forest, vous n'avez qu'une envie : entrer. Car l'exposition, ici, a l'air différente de ce que l'on peut voir habituellement…

Photo © Rémy Weité

… Exit les accrochages linéaires et bien rangés au carré. Ici, chaque découverte, chaque installation, chaque mise en espace est réjouissante. Servant au mieux l'univers de chacun des artistes.

Photo © Gaëlle Abravanel

Dès l'entrée, de chaque côté de la porte, Gaëlle Abravanel et Estelle Zolotoff jouent, chacune à leur manière, avec la lumière extérieure. L'une, toute en transparence délicate et contre-jour diaphane. L'autre, en s'appuyant ingénieusement sur la propriété translucide du plexi appliquée à l'image qui, sur sa face intérieure, devient profonde et éclatante.

Photo © Estelle Zolotoff

La première salle nous offre également une autre belle découverte. Celle d'un photographe d'une grande sensibilité et que l'on ressent secret et à fleur de peau : Laurent Deglicourt. Un travail tout en retenu où dominent émotion et dramaturgie.

Photo © Laurent Deglicourt

Et juste à côté, comme en contrepoint poétique : De ces moments … de Cath.An. De jolis petits carnets aussi précieux qu'intimes et philosophiques.

Photo © Cath.An.

Puis plus loin, juste derrière nous, les immenses diptyques de Catherine Merdy, collés à même le mur. Étranges visions intimes de nos vi(ll)es obscures.

Photos © Catherine Merdy

Et de l'autre côté du mur, dans l'autre salle, ce sont les images photophoniques et énigmatiques de Carine Burkel,

Photo © Carine Burkel

ou encore les très beaux, très chaleureux ou très drôles polaroids de Sabrina Lesert ou Rémy Weité. Et puis encore les images de Eric Bouttier, les vidéos de Christophe Dentin, l'installation de Gaële Caye et les détournants collages de Katrien de Blauwer.

Photos © Sabrina Lesert

L'originalité de cette exposition réside avant tout dans la volonté affichée des trois comparses de La(b) Galerie - Vanessa, Gaëlle et Carine - de présenter les choses autrement.
Non pas juste pour faire différent, mais bien pour servir avec justesse chacun des artistes. Des artistes qui, malgré leurs personnalités souvent éloignées, arrivent à dialoguer entre les murs dans une belle cohérence.

Collage © Katrien de Blauwer

À noter également.
La(b) Galerie Artyfact organise régulièrement des rencontres, des lectures ou divers évènements autour de ses expositions … la prochaine c'est demain, à 20h, avec l'atelier-conférence de Fabienne Kraemer, psychanalyste, écrivain et photographe.




INTIMITÉ(S)
La(b) Galerie Artyfact - 9, rue Forest - Paris 18e
Du 18 avril au 25 mai 2013
Mercredi de 12h00 à 19h00 - Jeudi de 12h00 à 23h00
Vendredi et samedi de 12h00 à 19h00

Métro : Place de Clichy