Ce blog présente quotidiennement

un premier choix non définitif d'images pour les séries en cours.

Il vient en complément du site www.yannickvallet.com qui, lui,

présente un panorama complet de mon travail.


12 février 2014

Le Sanatorium #3

Une destruction programmée.

Mars 1989. Le maire du Grau-du-Roi, Etienne Mourrut, vient d'être réélu pour un second mandat.
Juin 1989. Le conseil d'administration du CHU de Nîmes vote son nouveau plan directeur. Un des axes principaux : la construction d'un établissement neuf de 190 lits … au Grau-du-Roi, justement.
Rares sont ceux qui, à l'époque, prennent conscience que cet acte de santé publique annonçait bel et bien la destruction programmée du Sanatorium historique.
Une première demande d'enquête pour la protection du site est déposée au tout début des années 1990, mais elle restera sans suite : alors qu'en octobre 1996, le responsable du Patrimoine Industriel, Scientifique et Technique, parle d'une « qualité architecturale incontestable et alerte sur le fait que les menaces qui pèsent sur ce type de patrimoine rendent urgente la nécessité d'en conserver un ou plusieurs exemples»4, le Directeur Régional des Affaires Culturelles estime quant à lui, de manière expéditive, que « l'immeuble ne présente pas un intérêt architectural suffisant pour être protégé et demande donc à ses services de suspendre l'instruction du dossier de protection »5
Fin de la première étape, le Sanatorium semble ne plus en avoir pour très longtemps.
Jusqu'à ce jour de 1998 …

Vue sur mer, Pavillon Christian Cayet,
Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012 - Photo © Yannick Vallet

11 février 1998. Dans un article du Midi Libre, les graulens apprennent que l'équipe municipale du Grau-du-Roi, dirigée par Etienne Mourrut (réélu pour un troisième mandat en 1995), a approuvé l'implantation, à l'emplacement du Sana, d'une « zone d'activité concertée, baptisée "ZAC du Couchant" destinée à la création d'un peu plus de 800 logements plus un lieu de vie, comprenant boutiques et restaurants. » Une vaste opération immobilière qui, étonnement, ne semble pas avoir pris en compte la Loi Littorale et la protection des sites naturels environnants …6
La réaction ne se fait pas attendre. Une nouvelle demande de protection est adressée dès le mois de mai au Ministère de la Culture, demande d'autant plus pressante que les choses s'accélèrent avec l'obtention, le 9 juillet 1998 par la mairie du Grau-du-Roi, du permis de démolir l'ancien Sanatorium. Une demande qui déclenchera deux ans et demi d'enquête, d'avis contradictoires ou mitigés, dans un aller-retour Province-Paris, entre DRAC et Direction du Patrimoine.

Garages, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet

Exemples.
Le 11 décembre 1998, le Directeur Régional des Affaires Culturelles à Montpellier écrit7 : « Indépendamment de toute éventuelle mesure de protection au titre des Monuments Historiques, il me paraît vraiment souhaitable de conserver ces bâtiments […] compte tenu de la qualité de cette architecture »
Le 24 février 1999, Bernard Voinchet, Inspecteur Général des Monuments Historiques sur place, rend un avis assez étrange et pour le moins contradictoire8 : « Je vous confirme mon avis assez réservé sur ce dossier […] À mon sens, c'est beaucoup plus le site (bâtiment, végétation et bien sûr bord de mer) qui constitue un ensemble digne d'intérêt et qui doit être protégé. »
Un an plus tard, le 28 février 2000, Olivier Poisson, Inspecteur Général des Monuments Historiques à Paris donne son avis définitif sur l'affaire9 : « Ayant visité l'édifice, il y a deux ans, j'en ai retiré une impression mitigée. Il est certain que les dispositions spécifiques du plan de l'édifice, ainsi que sa belle situation sur le rivage de la mer, lui confèrent une indéniable valeur de témoignage des équipements construits dans l'entre-deux-guerres dans le cadre de la lutte antituberculeuse. […] Cependant, il faut bien reconnaître qu'à part un certain effet d'ensemble que donne l'ampleur du plan, la qualité architecturale de l'édifice est inexistante. »
Très étonnant comme tous semblent être d'accord sur un point : l'ensemble architectural est du plus bel effet. Et c'est vrai qu'au vu des cartes postales de l'époque, la situation face à la mer de cette grande enfilade de plain-pied, ça a de la gueule !
Alors pourquoi avoir détruit cette belle harmonie ? Pourquoi n'avoir pas cherché à réhabiliter l'ensemble pour en faire autre chose, une colonie de vacances, un lieu de résidence pour artistes, un musée du littoral, un centre d'art ou même une maison des associations ou une pépinière d'entreprises … ? Peut-être faut-il chercher ailleurs que du côté du Patrimoine ? Car finalement, personne au Ministère de la Culture n'a préconisé sa destruction, bien au contraire ! :
« … il me paraît vraiment souhaitable de conserver ces bâtiments (assez faciles à réutiliser) dans un cadre hospitalier ou dans un projet du genre centre de vacances, compte tenu de la qualité de cette architecture … »7

Cachée, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet

Toujours est-il que le 3 octobre 2001, le dossier de protection du Sanatorium qui devait être présenté devant la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites, est retiré de l'ordre du jour à la demande du Préfet du Gard10 et du Directeur de la DRAC. Protection refusée avant même d'avoir été étudiée.
Fin de l'histoire et une seule certitude cette fois-ci : le sanatorium peut être détruit. Légalement …

Oh! Shiiit, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet


Demain : une étonnante sentinelle, une guerre inégale et une mairie convoitée.




4. Note de Benoît Dufournier du 8 octobre 1996, à l'attention de M. le Directeur Régional des Affaires Culturelles de Languedoc-Roussillon.
5. Courrier de Jean-Claude Groussard du 28 avril 1997, à Monsieur le Préfet du Gard.
6. Voir d'ailleurs la question d'Etienne Mourrut à la Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées à propos de l'avenir du Centre médical du Grau-du-Roi lors des questions orales de l'Assemblée Nationale (séance du 4 mai 2004) : ICI. Ou page 3271 du pdf : ICI.
7. Courrier signé du Conservateur Régional des Monuments Historiques, Robert Jourdan, et adressé à M. Jamot, Directeur du Patrimoine au Ministère de la Culture à Paris.
8. Avis adressé au Conservateur Régional des Monuments Historiques à Montpellier.
9. Courrier adressé au Directeur Régional des Affaires Culturelles à Montpellier
10. Michel Gaudin, il est l'actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy