Ce blog présente quotidiennement

un premier choix non définitif d'images pour les séries en cours.

Il vient en complément du site www.yannickvallet.com qui, lui,

présente un panorama complet de mon travail.


10 février 2014

Le Sanatorium #1

Une réussite architecturale.

Il y a un an et demi, une amie peintre, Mich@, me faisait parvenir une photographie d'un sanatorium à l'abandon, situé sur la côte méditerranéenne (ICI). Quelques mois plus tard, alors que je me rendais dans le sud, je lui demandais de me conduire sur les lieux de son image, au Grau-du-Roi. Ce jour-là, j'appris que la quasi-totalité des bâtiments originels datant des années trente, situés en bordure de plage, avaient été détruits, remplacés une centaine de mètres plus loin par un nouvel hôpital ultramoderne ("normes HQE et construction basse consommation pour un environnement préservé").
Seul le bâtiment qu'elle avait photographié semblait encore debout.

Un banc, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet

Comment un établissement public de soin rattaché à un CHU (ici, celui de Nîmes), avait-il pu, d'un coup de baguette magique, être purement et simplement rayé de la carte pour être remplacé par un autre ?
Pour des raisons techniques et de mises aux normes ? Certes.
Pour des raisons d'hygiène environnementale et de promiscuité épidémiologique (la mer n'est qu'à quelques mètres et l'ancien sanatorium donnait directement sur la plage) ? Impossible, le nouvel établissement est lui aussi à deux pas de la mer.
Pour des raisons esthétiques ? Pour des raisons financières ? Spéculatives ? Politiques ? Voire électives ?
Au vu de ce que je photographiais ce jour-là, il me fallait absolument découvrir ce qui s'était joué derrière la disparition programmée de ce sanatorium. Et pourquoi avait-on démoli des bâtiments historiques, emblèmes de la mémoire locale.

Quelques miettes, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet

Tout commence à l'entre-deux-guerres lorsque le Conseil Général du Gard propose la création d'un sanatorium maritime sur la commune du Grau-du-Roi.
15 mai 1933. Alors que depuis quelques mois, Adolf Hitler règne en maître sur l'Allemagne, alors que depuis quelques jours, à Berlin, on brûle en place publique des milliers de livres jugés "décadents", ici, sur les plages de la Méditerranée, face à la mer et dans la douceur printanière, s'ouvre le Sanatorium Héliomarin du Grau-du-Roi. Dirigé par le Docteur Jean Bastide, cet immense centre pour tuberculeux a été construit par un architecte célèbre dans la région, Henri Floutier. Grand spécialiste des caves coopératives vinicoles (plus de 70 construites en près de 40 ans !), celui-ci va utiliser une technique alors très en vogue, le Béton Armé Hennebique.
Extrait du numéro 332 de BÉTON ARMÉ (sous-titré, Revue mensuelle technique et documentaire des constructions en béton armé) : « Les différentes reproductions tant des plans que des vues des façades montrent parfaitement la disposition très claire et pratique adoptée par l'architecte. Il convient de l'en féliciter car il a su parfaitement satisfaire les exigences de la technique moderne de l'Assistance publique à un programme très particulier. » Conclusion plus que très vague d'un journaliste qui n'a visiblement pas grand-chose à raconter en regard des plans d'architecte présentés dans la revue !

Labo, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet

Aujourd'hui, de la dizaine de magnifiques bâtiments construits dans les années 1930, il ne reste plus grand-chose. Si ce n'est deux petites constructions : l'ancienne pharmacie et le pavillon des contagieux.
Et pourtant, dès 1989, à l'annonce de la destruction programmée de l'édifice, les opposants au nouveau projet commençaient déjà à s'organiser …

Mais revenons au début de l'histoire. Pendant les premières années du sanatorium, des tuberculeux de toute la France se retrouvent ici, les pieds dans l'eau et la tête au soleil. Extrait du courrier d'un cheminot parisien en traitement sur place, au début des années 1940 : « Santé bonne dans l'ensemble ; toutefois, j'ai perdu le poids que j'avais pris à Auch […] Suis gratifié d'un temps superbe depuis mon arrivée. Traitement ? Grand repos et soleil. Suis au bord de la mer étendu sur chaise longue de 8h1/2 à 18h00. » Une sorte de bonheur médical au bord de l'eau ! …
Jusqu'à la guerre. Jusqu'à ce jour d'hiver 1942 où, suite au débarquement allié en Afrique du Nord, l'Allemagne nazie et l'Italie de Mussolini décident d'envahir la "Zone libre". L'objectif : prendre le contrôle de la côte méditerranéenne. Et Le Grau-du-Roi ne fait pas exception ...

Pavillon des contagieux, Sanatorium du Grau-du-Roi, 2012
Photo © Yannick Vallet


Demain : une évacuation étonnante, une opération risquée et des résistants sur tous les fronts.